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« Nuit debout est un aiguillon »

vendredi 25 novembre 2016, par Le Progrès Social

La mobilisation contre la « loi travail » ne faiblit pas et s’inscrit dans la durée en prenant différentes formes. La jonction entre le mouvement Nuit debout et les équipes syndicales est aussi une réalité. Ce qui s’est passé à Renault, à l’initiative de SUD-Solidaires, en est une illustration concrète.
La veille du 1er mai, et des traditionnelles manifestations syndicales dans toute la France, le mouvement social a été fortement réprimé. Si « le futur appartient à celui qui a la plus longue mémoire », comme le disait Nietzsche, alors il faut se souvenir de plusieurs périodes de l’Histoire où la résistance sociale pour la conquête de nouveaux droits et le progrès social ont été durement attaqués. L’histoire du 1er mai et des luttes ouvrières en général vient rappeler cette triste réalité, tout comme la Commune qui sera célébrée ce week-end. Ces hommes et ces femmes qui se battent pour construire une société réellement basée sur l’égalité, la liberté et la fraternité paient parfois le prix fort. Aujourd’hui, la contestation très forte contre « la loi travail » s’organise aussi bien dans les entreprises qu’en dehors par l’occupation de différentes places et l’organisation de débats. Ces expériences collectives ne sont pas toujours parfaites mais des femmes et des hommes tentent de s’organiser, de réfléchir et de construire une autre société. C’est aussi le cas dans le secteur automobile, où certains syndicats jouent un rôle important pour tenter de faire converger les initiatives, sans oublier le caractère internationaliste du mouvement social.

LE PROGRES SOCIAL
Le syndicat SUD Renault Guyancourt a co-organisé avec Nuit debout un rassemblement devant l’entreprise, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

MARC TZWANGUE
À l’initiative d’un copain de SUD Renault, nous sommes allés en petite délégation rencontrer les jeunes de la commission grève générale de Nuit debout et voir un peu ce qui se passait à République.
Après un intéressant débat nous leur avons proposé de venir au Technocentre pour deux raisons principales : tout d’abord faire la jonction entre les jeunes mobilisés de l’initiative permanente Nuit debout et les salariés d’un gros site d’ingénierie (12 000 salariés dont presque 3 000 prestataires). Deuxièmement, rappeler aux salariés de Renault que la mobilisation contre la « loi travail » est toujours d’actualité et qu’une grève générale ne se fera pas sans eux. Une rencontre profitable pour ces deux « mondes ».

LE PROGRES SOCIAL
Que s’est-il passé exactement concernant le salarié prestataire qui a été licencié ?

MARC TZWANGUE
Il a envoyé un mail, en dehors du temps de travail et avec son ordinateur personnel, dans les boîtes mail des syndicats du Technocentre et à deux « syndicalistes » CFE/CGC pour faire de la pub pour le film Merci Patron ! et Nuit debout. Il semblerait qu’un des « syndicalistes » ait transmis son mail en se plaignant à la direction de Renault. Elle a tout de suite réagi en interdisant l’entrée du site à ce prestataire et en informant sa boîte qu’il était devenu indésirable.
L’entreprise Renault a montré son vrai visage, loin de l’entreprise sociale vantée par le PDG. Les salariés doivent la fermer même en dehors de leur temps de travail, surtout les prestataires. Mais pire encore cela montre la connivence entre certains syndicats et la direction de Renault. Mais à SUD nous ne sommes pas surpris. La CFE/CGC et la CFDT sont depuis longtemps des syndicats qui font passer les intérêts de l’entreprise avant ceux des salariés.

LE PROGRES SOCIAL
Comment voyez-vous les liens entre le mouvement syndical et Nuit debout ?

MARC TZWANGUE
Difficiles mais indispensables. Le mouvement syndical a besoin de l’énergie et de la créativité de Nuit debout et eux ont besoin des salariés et de leurs syndicats pour créer un rapport de force qui fasse reculer le gouvernement et le patronat. Nuit debout est l’aiguillon qui peut pousser les syndicats et surtout leurs directions à ne pas lâcher prise dans la lutte pour le retrait de la « loi travail ». C’est aussi pour une nouvelle génération l’occasion de se confronter au monde du travail, à ses représentants mais surtout à ses militants. En quelque sorte une « école » mutuelle ou chacun apporte ses questions, ses réponses et sa créativité.

LE PROGRES SOCIAL
C’est la commission grève générale de la Nuit debout qui a organisé cette action avec vous. En tant que syndicat, pensez-vous que la notion de grève générale est une utopie ou au contraire un objectif à construire ?

MARC TZWANGUE
C’est bien évidemment un objectif à construire et la grève générale est le seul outil à même de créer le rapport de force nécessaire non seulement pour battre la « loi travail » mais aussi reprendre l’offensive vers de nouveaux droits et éventuellement un changement de société. Malheureusement c’est une arme que les salariés ont oublié et dont les directions syndicales ont peur car elle peut rapidement leur échapper. Montrer que ce n’est pas utopique mais au contraire bien plus réaliste que les journées d’actions à répétition et espacées dans le temps.

LE PROGRES SOCIAL
Quelles sont aujourd’hui les luttes et résistances dans la filière automobile en France ?
MARC TZWANGUE
Presque tous les jours les salariés de l’automobile sont confrontés à des restructurations, des conditions de travail qui se dégradent, des revenus qui stagnent et une précarisation qui se développe. Les résistances existent mais elles sont locales. Plusieurs années de défaites pèsent encore dans la conscience des salariés. Les mouvements contre « la loi travail », Nuit debout peuvent redonner confiance et inverser le rapport de force. Mais il passera par la centralisation des luttes dans l’automobile.

LE PROGRES SOCIAL
Il y a eu aussi d’autres grèves importantes, comme en Turquie à Bursa, quelle est la situation aujourd’hui ?

MARC TZWANGUE
La situation est catastrophique. Avec l’appui de l’Europe, Erdogan est libre d’attaquer les Kurdes et les libertés dans tout le pays. Depuis fin janvier il s’attaque maintenant aux libertés syndicales et aux salariés combatifs. Le syndicat de lutte qui s’était implanté à Renault Bursa suite aux grèves du début de l’année dernière a vu ses militants et dirigeants réprimés, emprisonnés et licenciés. Plus de deux cents salariés ont été soit directement licenciés, soit interdits d’entrée dans l’entreprise et priés de démissionner pour toucher une petite prime.
Sud Renault a apporté sa solidarité et est intervenu en France pour dénoncer cette situation, mais les syndicats représentatifs siégeant au CCE sont restés très discrets sur cette situation. Nous œuvrons à ce que SUD devienne représentatif sur le groupe pour pouvoir intervenir dans le CCE et mettre la pagaille dans le consensus mou qui y prospère.

LE PROGRES SOCIAL
Quelle est la situation de la sous-traitance aujourd’hui au sein du groupe Renault et les réponses syndicales que vous apportez ?

MARC TZWANGUE
La sous-traitance explose au sein du groupe Renault. Dans l’ingénierie mais aussi en production. Au Technocentre, à Flins, Cléon, Douai, etc. les prestataires remplacent les salariés partis en dispense d’activité (DA) ou en retraite et deviennent une variable d’ajustement. Les conditions de travail se dégradent et la direction profite de cette main d’œuvre corvéable pour intensifier ses attaques sur les salariés de Renault qui restent. Les profits explosent, alors que les salaires sont quasiment bloqués depuis plus de trois ans (accord compétitivité) les dividendes vont passer cette année de 1,9 euro à 2,4 euros par action soit une augmentation de 26 %. Les revenus des cadres dirigeant suivent le même trajet. Nous œuvrons dans nos tracts pour dénoncer cette situation et montrer que salariés prestataires et salariés de Renault ont les mêmes intérêts et les mêmes patrons à combattre. 

Propos recueillis par Julien Gonthier
j.gonthier leprogressocial.fr