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ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS BECHIEAU (MOUVEMENT DES PROGRESSISTES) : « Redonner sa pertinence au clivage gauche-droite »

vendredi 25 novembre 2016, par Le Progrès Social

Le gouvernement n’a de cesse, actuellement, de multiplier les structures pour soutenir le bilan de sa politique désastreuse menée depuis 4 ans. Le mouvement des Progressistes, initié par Robert Hue, fait entendre une voix alternative.

LE PROGRES SOCIAL
Le mdP n’est pas encore forcément connu de tous. Expliquez-nous depuis quand il existe et quelles ont été les motivations de sa création ?

FRANÇOIS BECHIEAU
Le mouvement des Progressistes (mdP), présidé par Robert Hue, est né fin 2009 sur la base d’un triple besoin :
1. L’exigence de rassembler une gauche dispersée pour s’opposer et mettre un terme à la politique de régression sociale menée par la droite au pouvoir à l’époque ;
2. Contribuer à la construction d’une alternative progressiste s’inscrivant dans une nouvelle éthique de la République et de la vie politique, d’approfondissement de la démocratie sociale et citoyenne, et porteur de choix de justice sociale, d’égalité et de progrès humains ;
3. Enfin, faire émerger une formation nouvelle, en rupture avec les structures pyramidales des partis traditionnels qui ne répondaient déjà pas ou plus aux attentes des gens, un mouvement citoyen horizontal et fédérateur avec une démarche participative accrue.
C’est dans ces conditions que le mdP a participé au rassemblement des forces de gauche en 2012, à l’occasion des élections présidentielle et législatives, et a contribué à la victoire de François Hollande et d’une majorité de gauche à l’Assemblée Nationale.
L’union est et a toujours été pour notre mouvement un choix identitaire.

LE PROGRES SOCIAL
Comment le mdP se situe sur l’échiquier politique ? Est-il plus proche du PS ou du Front de gauche ?

FRANÇOIS BECHIEAU
Le mdP est résolument orienté à gauche et s’affiche depuis sa création en faveur d’une offre politique nouvelle fondée sur les valeurs de justice sociale et la renaissance du progrès afin de redonner toute sa pertinence au clivage gauche-droite et par la même occasion confiance à bon nombre d’électeurs de gauche qui se sont réfugiés ces dernières années dans une abstention massive, voire pire dans un vote pseudo contestataire représenté par le Front national.
Comme nous le rappelons souvent dans nos rencontres, et afin de répondre à cette question fréquemment posée, les hommes et les femmes qui constituent le mdP ne sont ni des dissidents du Parti communiste ou du Front de gauche, ni des supplétifs du Parti socialiste. Ce sont des progressistes avec la volonté de faire bouger les choses vers la gauche le plus et le mieux possible.
La démarche progressiste du mdP est claire : tout ce qui est de nature à améliorer la vie de nos concitoyens, nous l’appuyons, nous le soutenons. Par contre, quand les choses ne nous semblent pas aller dans le bon sens, nous le disons et nous ne les soutenons pas.

LE PROGRES SOCIAL
Vous avez récemment été très critiques sur « la belle alliance », pourquoi ?

FRANÇOIS BECHIEAU
L’immense dispersion à gauche aurait dû conduire les dirigeants socialistes à d’abord se remettre en cause et à remettre en cause les méthodes hégémoniques qui sont les leurs afin que l’ensemble des forces de gauche, écologistes et de progrès puissent ensuite surmonter leurs divergences et se rassembler.
C’est dans cet esprit unitaire que se situe le mouvement des Progressistes (mdP).
Bien au contraire, le Parti socialiste a d’entrée de jeu et ouvertement affirmé, par la voix de son Premier secrétaire national, que « l’alliance populaire » n’était qu’une stratégie construite avec les radicaux et certains écologistes pour avancer dans le sens de la création d’un « nouveau parti socialiste écologiste et républicain ». En clair d’un grand parti social-démocrate.
Progressistes, nous souhaitons pour notre part plus que tout participer au rassemblement de l’ensemble des forces de progrès mais cela dans le respect de chacune des sensibilités progressistes.

LE PROGRES SOCIAL
Comment, selon vous, construire une alternative à gauche progressiste, démocratique et combative ?

FRANÇOIS BECHIEAU
D’abord en permettant au rassemblement de se faire dans le respect de chacune des sensibilités présentes à gauche.
Ensuite, sur le plan des idées et de la politique, en tentant d’obtenir, comme nous l’avons fait ces dernières années, d’autres orientations que celles de la politique actuelle. Des orientations qui redonnent espoir et confiance aux couches populaires et aux classes moyennes.
A titre d’exemple, la gauche peut faire autrement en contrôlant l’utilisation des fonds publics accordés aux entreprises (+ de 100 milliards chaque année). Cela pourrait dégager au moins 10 milliards par an pour des mesures de justice sociale ; la gauche peut faire autrement en stoppant l’évasion fiscale au plan international. C’est 60 milliards chaque année d’exil fiscal. La gauche peut faire autrement en cessant de réduire les dotations aux collectivités territoriales, des collectivités territoriales qui se retrouvent aujourd’hui asphyxiées face à des besoins qui ne cessent de croître.

LE PROGRES SOCIAL
Est-ce que vous considérez que les Nuits debout s’inscrivent dans votre démarche participative et d’élaboration citoyenne collective ?

FRANÇOIS BECHIEAU
Pour m’y être rendu à diverses reprises, oui, je dois dire que l’esprit initial des Nuits debout me semblait proche de la démarche participative que nous développons depuis plusieurs années au sein du mdP.
Voir chaque soir des centaines de jeunes s’asseoir à même le sol, malgré le froid et la pluie parfois, participer en toute quiétude et de façon tout à fait organisée à des débats de société est un signe marquant l’espoir que nous pouvons voir se créer une démarche politique nouvelle dans notre pays.
Mais les dégradations provoquées par certains participants sur la place de la République, les violences commises en marge du rassemblement et le refus de la différence ont montré ces derniers jours, hélas, les limites de la démarche et le risque de récupération dans un but tout autre que celui qui lui était semble-t-il assigné.

LE PROGRES SOCIAL
Quelle est votre analyse sur la « loi travail » ?

FRANÇOIS BECHIEAU
Avec mes amis du mdP, nous avons communiqué à plusieurs reprises sur le projet de « loi travail » en disant notre opposition tant sur la manière de procéder que sur le fond du projet et en réclamant son retrait pur et simple.
Opposition de forme d’une part car cet avant-projet de loi n’a pas fait l’objet d’une véritable concertation avec les syndicats de salariés et les organisations de jeunesse, d’autre part car la menace de la ministre, qui dès le début a pointé la possibilité d’un passage en force à l’assemblée avec l’usage du 49-3, n’était pas la meilleure façon de rallier à elle les partenaires sociaux et la gauche dans son ensemble et dans sa diversité.
Opposition de fond à ce projet car les principales mesures qu’il contient – inversion des normes juridiques, recours au référendum dans l’entreprise, élargissement des critères de licenciements économiques – ne vont pas dans le sens du progrès social et humain tel que je le conçois et continue d’alimenter et d’accroître le malaise social.
LE PROGRES SOCIAL
Vous avez demandé un « plan d’urgence pour les jeunes » autour de l’emploi, du logement, de la santé, des responsabilités avec des propositions précises et concrètes. Est-ce que cela veut dire que les dernières annonces du gouvernement sont en dessous de vos attentes ?

FRANÇOIS BECHIEAU
Non, bien au contraire, notre demande d’un plan d’urgence pour les jeunes a été faite bien avant les annonces du gouvernement et nous nous sommes félicités de celles-ci en ce qu’elles rejoignent celles que nous faisions.
Que ce soit la garantie jeune, la CMU jeune ou encore la garantie locative universelle, autant d’annonces du gouvernement qui collent bien à nos propositions d’une allocation d’autonomie pour les lycéens et les étudiants de 16 à 25 ans, d’une CMU pour les jeunes sans ressources ou aux faibles ressources ou encore d’un logement pour tous.
Et nous nous réjouissons aussi également bien sûr de l’augmentation du nombre de places en IUT, de la revalorisation et du prolongement de la durée des bourses et de l’augmentation des rémunérations des apprentis. Des mesures qui vont dans le bon sens, dans celui du progrès social et humain.
Comme je l’ai déjà dit, au mdP, nous soutenons et soutiendrons toutes les mesures visant à améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens et notamment celle des plus jeunes d’entre eux. 

Propos recueillis par Julien Gonthier
j.gonthier leprogressocial.Fr